En 1926, Paris-Venise via Genève en avionnette de 40cv sur les Alpes

Thoret est toujours affecté au Sous-secrétariat à l’Air, détaché au Service technique de l’Industrie de l’Aéronautique (STIA). Son nouveau projet consiste à voler sur Paris-Turin-Paris en une escale. Il veut observer les conditions de traversée en vol d’un massif montagneux à bord d’un appareil de faible puissance. Il utilisera l’avionnette “Albert TE-1″ en contreplaqué équipée d’un moteur Salmson de 40cv (F-AHDY). Due à l’ingénieur Tellier, oncle d’Albert, qui vient de terminer ses essais à Villacoublay.

L’Avionnette Monoplace Albert TE-1 en quelques chiffres :

L’avionnette Albert TE-1 du Paris-Venise de 1926.

  • Moteur : Salmson 40cv, 9 cyl. en étoile, type 9Ad
  • Poids vide : 252kg
  • Poids maxi : 387kg
  • Charge alaire : 39kg/m2
  • Surface alaire : 10m2
  • Envergure : 8,71m
  • Longueur. 5,6m
  • Hauteur : 1,98m
  • Carburant : 37kg
  • Huile : 3kg
  • Pilote & parachute : 95kg

L’aventure :

Thoret s’envole de Paris le samedi 5 juin 1926 pour ce raid de 2.500km, de 23h40 de vol et de 12 jours qui se fera malgré tout en 7 étapes. La météo l’oblige d’abord à rebrousser chemin devant le Mont-Blanc coiffé d’une forte nébulosité et il se pose à Genève après 3h, à 120km/h de moyenne (consommation : 30L). Thoret note : “Dans la traversée du Jura, entre Pont-d’Ain et Genève, les tourbillons dus au heurt du vent sur les crêtes que je traversais et les condensations instantanées de vapeur d’eau à l’état de saturation m’ont fait courir de graves dangers ; il faut, en de tels cas, réduire son moteur au maximum et piquer pour ne pas être emporté en altitude dans le nuage. Il ne faut pas croire qu’un avion courrait, dans de telles circonstances, moins de danger qu’une avionnette.” Sa connaissance du vol à voile lui permet d’éviter les plus mauvais remous et de réaliser des gains de vitesse tout en économisant son moteur. Le lundi 7, de Cointrin, Thoret fait un vol de 3h30’, avec montée à 3.430m, mais retourne à Genève en raison de ratés au moteur (eau dans le circuit d’alimentation).

Thoret et Marcel Weber à Cointrin devant l’Albert TE-1 de 40cv (juin 1926).

Thoret et Marcel Weber à Genève-Cointrin

devant l’Albert TE-1 de 40cv (juin 1926).

Le mercredi 9, c’est le raid Genève-Turin par la vallée de l’Arve, la Haute Isère, le Petit-St-Bernard dont le col est survolé de 500m. Puis voilà la vallée d’Aoste et ses forts remous, avec des vents d’ouest retombant en tourbillonnant de toute la hauteur du Mont-Blanc. Thoret : “Genève-Turin sous une mer de nuages si basse que beaucoup de vrais avions ne se fussent pas risqués à traverser les Alpes, fut considéré comme une performance aussi intéressante et même beaucoup plus que le Paris-Turin que je n’avais pu réaliser.” Thoret continue son vol sur Milan où le mauvais temps lui interdit le retour, il continue alors sur Venise. Vendredi 11 : “Je fis un long vol d’étude (3h40) sur les Alpes, atteignant l’altitude de 4.600m et effectuant une double traversée des Alpes. Ce que j’appris au cours de ce vol où le vent d’ouest tombait en tourbillons sur le versant italien où je volais, me servit pour mon vol si difficile de retour en France, dans des conditions analogues. Je réussis dans des remous effroyables (remous extrêmement violents ne suffit pas pour les qualifier) à franchir la crête des Alpes au Col de Menouve à quelques kilomètres à l’est du Grand St.-Bernard.”

Thoret et un officier italien, devant l’Albert TE-1 en été 1926. Photo MAE.

Thoret et un officier italien, devant l’Albert TE-1 en été 1926.

Photo MAE le Bourget.

Le lundi 14, c’est le retour via les Alpes suisses, mais pris dans de fortes turbulences dans les gorges de Gondo, près du col du Simplon, après 3h de vol difficiles et une altitude de 3.150 m, il retourne à Milan. Thoret : “Le mot “effroyable” qui, cependant peut seul qualifier même pour un avion puissant, les tourbillons d’un grand vent qui tombe d’une montagne élevée, est certainement trop faible pour exprimer l’état d’âme qui était le mien lorsque, m’étant engagé dans les gorges de Gondo à toute l’altitude que le vent, tombant des Alpes, m’avait permis d’atteindre, je m’aperçus que mon avion, non content de plafonner, s’enfonçait, et que je ne réussirais peut-être pas à le tirer de ces gorges qui, il y a 16 ans, par un temps choisi, eurent raison des ailes de Chavez.” Thoret avouera qu’il vouait maintenant une admiration sans bornes à Chavez (1887-1910) qui décéda peu après le passage des gorges.

Le mercredi 16, au cours d’un long vol de 8h30, il réussit à traverser les Alpes, en passant par le lac Majeur, Gondo, Aoste, le Petit-St-Bernard. Il tente de rejoindre Dijon, via Bourg et Tournus mais volant bas dans la pluie il s’égare et se pose dans un champ vers Cormatin, près de Cluny. Le lendemain : “Je réussis, en me délestant de 8kg de bagages, un décollage difficile dans le terrain petit et marécageux où j’étais, le seul terrain plat de la région” puis c’est la direction de Paris avec un arrêt à Dijon pour saluer des amis. L’aspect révélé lors des vols de cet appareil à faible puissance, est que l’aide des courants ascendants lui permettait d’atteindre des altitudes supérieures au plafond pratique de l’avion. L’avionnette permit donc à Thoret de réaliser sa traversée des Alpes mais aussi de battre quelques records, tel ses vols Paris-Prague le 7 juillet (750km à 137km/h) Prague-Varsovie (500km, 4h10) et surtout Varsovie-Paris le 18 (1450km, 10h10). Pour cela, l’appareil reçut des réservoirs d’appoint portant sa charge à 530kg.

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