Ailes Anciennes de Haute-Savoie

Association de restauration, de préservation et de présentation au public de matériel aéronautique. Déclarée d'intéret général. SIRET 789 964 152 00019
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Jérôme Meyrand raconte le parcours d’Alain Maubert, qui, après avoir passé un bac D, s’est engagé dans l’armée de l’air pour devenir, deux ans plus tard, pilote de chasse.

« 30 000 pieds au-dessus de la planète, sous les deux avions, s’étendait une mer de nuages uniforme, immobile, bosselée, d’une blancheur immaculée. Une nappe moelleuse, infinie, qui s’étirait sous un ciel d’un bleu limpide. Ce qu’Alain regardait surtout, c’était ses paramètres vitaux, la position des différents sélecteurs du tableau d’armement, le réglage du radar sur le mode approprié, dont l’écran scintillait, affichant des chiffres d’un vert froid. Ce combat à un contre un se jouerait au Magic. Alain resserra machinalement ses harnais, qui lui comprimaient le thorax. Puis, les deux jets se séparaient, d’un violent coup d’aile, dans une direction opposée. Ils s’éloignaient l’un de l’autre pour ne devenir que deux minuscules croix noires sur le fond de la toile indigo, où le disque jaune du soleil était suspendu. »

En lisant  ”Pilote de chasse avec seulement le bac”, vous ne penserez plus que pour devenir commandant de bord d’un monoplace dépassant Mach 2, il est indispensable de passer par la case maths sup-maths spé. A travers le parcours de celui qui fut breveté à Tours à l’âge de 20 ans, le lecteur se retrouvera comme embarqué dans chacune de ses montures à doubles commandes, de plus en plus rapides et puissantes, à la manière d’un sportif de haut niveau, repoussant ses limites physiques. Mais à l’école de la chasse, bien souvent le travail musculaire cède la place au travail mental, où le moindre relâchement peut transformer le rêve du macaronnage en un atterrissage forcé, et un retour à la vie civile.

Publié par les éditions JPO en février 2017, ”Pilote de chasse avec seulement le bac”, de Jérôme Meyrand, fait partie de ces livres d’aviation écrits d’abord par des passionnés, qui ne peuvent s’empêcher de rêver tout haut, en entendant le chant d’un réacteur, en humant l’air saturé de gaz brûlés. Sans être du métier, ce journaliste spécialisé dans la machine-outil a cherché à faire vivre de l’intérieur le long cheminement qui mène au sacre du brevet métallique, ailes dorées cerclées d’une couronne et surmontée d’une étoile.

Du chasseur au liner

Titulaire d’un bac D, Alain Maubert, né en 1967 à Marseille, entre dans l’armée de l’air le 29 janvier 1986. Le 14 décembre 1987, le voilà diplômé, qualifié sur Alphajet. Un rêve de gosse devenu réalité en moins de deux ans.

L’auteur de cette biographie, né en 1973, y décrit un apprentissage exigeant, où l’enseignement du vol est un art très appliqué. Ici, ce sont les compétences professionnelles, l’expertise et la maitrise technique qui font la différence. Un entraînement constant, même à l’issue de la qualification ultime de chef de patrouille (sur Mirage F1C puis 2000N), que l’on retrouvera d’un bout à l’autre de cet ouvrage, qui a nécessité des dizaines d’heures d’entretien avec Alain Maubert, aujourd’hui copilote sur Boeing 777 à Air France, après avoir quitté les forces en 2004.

Saint-Exupéry, Clostermann…

Technicien industriel de formation, Jérôme Meyrand ne se destinait pas à devenir journaliste. Alors que ce Drômois de 43 ans s’était promis, jeune lycéen à Valence, de rentrer à l’école d’enseignement technique de l’armée de l’air de Saintes pour devenir mécanicien aéronautique, un examen médical révèle qu’il est daltonien, ce qui lui interdira d’exercer une telle profession. Sa passion pour l’aviation remontait dès son plus jeune âge, transmise par son père René, qui avait incorporé le génie de l’air, en pleine guerre d’Algérie. Découvrant les œuvres d’Antoine de Saint-Exupéry, et par là même la littérature, Jérôme Meyrand comprend que les mots seront un antidote à sa frustration.

Lorsqu’il intégra, sur concours, une formation professionnelle dans la presse écrite locale, à l’Ecole supérieure de journalisme de Lille, en 1998, une autre passion anime ce bénévole, qui œuvre à l’association des Ailes anciennes de Haute-Savoie, qui restaure d’avions de collection. Après quatre années à exercer la fonction de localier, ce titulaire d’un BTS en mécanique et automatismes industriels saisit l’opportunité de prendre la responsabilité d’une revue technique, d’abord dans l’industrie du décolletage, puis dans le secteur de la machine-outil. Entre temps, le jeune journaliste se souvient qu’un autre auteur l’avait marqué : Clostermann. La littérature aéronautique ne le quittera plus jamais, jusqu’à ce qu’il se lance à son tour dans l’écriture, en choisissant la biographie, qui sera un véritable apprentissage d’écrivain.

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4 février 2017

Chers élèves du BIA, Jean Michel, notre prof supersonique, sera absent ce Samedi 4 février au matin, et ne pourra assurer le cours. Alain, notre commandant supersonique, se trouve, quant à lui, cloué au sol par une méchante grippe et ne pourra pas non plus assurer de séances de simulateur… Nous sommes désolés de ce contretemps.

Fouga reduit

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Daniel Roche, 65 ans, après la projection de son film Les Sanglots indiens du Mont-Blanc, à Megève (Haute-Savoie), le 26 janvier 2017.

Daniel Roche, 65 ans, après la projection de son film Les Sanglots indiens du Mont-Blanc, à Megève (Haute-Savoie), le 26 janvier 2017.

Dans une salle du Centre de vacances CCAS Le Hameau, route du Mont-d’Arbois, à Megève, les chaises se remplissent. Au bout, un grand écran blanc scintille sous l’œil d’un vidéoprojecteur. Avec une table improvisée en panneau, posée à la verticale contre un pilier, des photos de plaques métalliques déchirées comme si c’était du papier. Un disque composé d’aubes, alignées comme les pétales d’une fleur. On aperçoit aussi le turboréacteur d’un avion. Daniel Roche ne manque pas de préciser aux pensionnaires des lieux, des retraités d’EDF-GDF de Châteauroux (Indre), venus passer un séjour en montagne, qu’il s’agit des « dernières pièces que j’ai retrouvées dans le glacier et qui ne figurent pas dans mon film ».

Pour ce Lyonnais de 65 ans, la bouille ronde, la lèvre supérieure mangée par une épaisse moustache, les deux catastrophes aériennes, dont fut victime une seule et même compagnie aérienne, Air India, et au même endroit, à proximité des rochers de la Tournette, dans le massif du Mont-Blanc, à seize années d’intervalle, est une obsession. La quête de la vérité aussi.

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Sa passion pour l’aviation remonte sans doute à une enfance, où il côtoyait un grand-père ingénieur dans l’aéronautique. Et puis, il y a eu cette rencontre avec un guide de haute montagne de Chamonix, à l’époque où Daniel Roche était moniteur de ski à Megève. « Il m’avait emmené au glacier des Bossons et c’est là que je suis tombé sur une pièce du crash, raconte-t-il à une dame s’interrogeant, à l’issue de la projection de son film, sur l’élément déclencheur d’une telle aventure. Ensuite, j’ai lu le livre de Françoise Rey, Crash au Mont-Blanc, les fantômes du Malabar-Princess (éditions Glénat, Ndlr) et voilà comment tout a commencé. »

Depuis, ce découvreur de vestiges des deux avions d’Air India parcourt le France, et même au-delà, avec sa valise jaune qui renferme son équipement pour la projection de son film Les Sanglots indiens du Mont-Blanc, et une petite boutique, composée d’exemplaires du livre de Françoise Rey, de DVD du long-métrage Malabar-Princess, de Gilles Legrand, et de son documentaire d’une heure et demie. On trouve aussi le roman de Marc Levy, Un sentiment plus fort que la peur (éd. Pocket), dont l’intrigue est liée au crash du Boeing 707-437 d’Air India, dans le Mont-Blanc.

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Ce jeudi 26 janvier, il occupait cette longue soirée d’hiver avec une soixantaine d’anciens salariés d’EDF-GDF du Hameau de Megève, qui n’avaient pas choisi de regarder à la télévision la demi-finale du Mondial 2017 de handball, qui opposait la France à la Suède.

Le film commence par des images émouvantes, tournées en noir et blanc, du Lockheed L-749A Constellation d’Air India, baptisée Malabar-Princess, et dont l’accident avait inspiré l’écrivain français Henri Troyat pour son livre La Neige en deuil, paru en 1952. Enrichi de documents d’archives, procès-verbaux, de nombreuses photos de débris des deux avions, d’objets et autres effets personnels des malheureux passagers, le documentaire de Daniel Roche est commenté, au micro, par son auteur lui-même.

On y voit cette multitude de points noirs, quelque part à 4 700 mètres d’altitude, qu’une caméra de télévision a captée depuis le ciel, et qui constituent les débris du Constellation, et d’autres points noirs, les sauveteurs partis de Saint-Gervais-les-Bains. Images d’archives à l’appui, Daniel Roche relate le drame de la première tentative de sauvetage : la mort du guide chamoniard, moniteur-chef de l’Ecole de haute montagne, René Payot, qui dirigeait la première caravane de secours, composée d’une trentaine d’éclaireurs-skieurs. Il chutera dans une crevasse, emporté par une coulée de neige, et les secouristes durent renoncer à atteindre les lieux du crash.

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Dans la pénombre de la salle de projection, Daniel Roche souligne que quelques années plutôt, en 1939, le frère de René Payot avait lui aussi trouvé la mort, à cent mètres près. Et que son fils Georges Payot, que l’on voit dans le film lors des funérailles de son père, participera à 29 ans à la cordée de secours du Boeing 707 d’Air India, en 1966.

Dans Les Sanglots indiens du Mont-Blanc, qui met en parallèle les deux accidents, il est aussi question des polémiques associées aux trésors que renfermeraient leurs carlingues. Des lingots l’or pour le Malabar-Princess, une rumeur qui s’est répandue dans toute la vallée de Chamonix. Des bijoux pour le Boeing 707, qui eux, ont bien existé.

Un appareil photo, resté intacte dans son étui de cuir, et dans lequel figurait encore une pellicule, sera retrouvé dans les entrailles du glacier des Bossons, qui avance d’un mètre par jour, par Daniel Roche, casque d’alpiniste sur la crâne, armé d’un piolet qui lui sert à briser la glace. Le film sera confié à l’Unité police d’identification des victimes de catastrophes (UPIVC), au sein du Service central d’identité judiciaire, à Ecully (Rhône). Les gendarmes et Daniel Roche y découvrent des photographies d’un alpiniste au sommet d’une montagne, posant piolet à la main, qu’ils identifient comme étant quelque part dans l’Himalaya. Etrange coïncidence.

L’ancien gardien de but de l’AS Cannes, dont l’ensemble de ses trouvailles atteint les 9 tonnes, revient longuement sur un sac de femme retrouvé au hasard de ses recherches, lorsqu’il arpentait cette langue glacière qui s’écoule entre les roches Rouges et le dôme du Goûter. Des sous-vêtements, une paire de lunettes de soleil, des cartes de visite, bijoux et autres, bigoudis se retrouvent enfermés dans ce bagage féminin. Quand il se rendra compte qu’il appartenait à l’unique passagère française à bord du vol Air India 101, reliant Bombay à New York, le 24 janvier 1966, ce fut un moment chargé d’émotion pour Daniel Roche. Puis, une nouvelle quête le hantait : celle de retrouver la famille de cette hôtesse de l’air de 31 ans travaillant pour la compagnie indienne. Et le 24 avril 2007, à la mairie du 6e arrondissement de Lyon, il remettra en mains propres les affaires de Josette, qui résidait à New York, à des membres de sa famille.

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D’abord éparpillés sur les deux versants du mont Blanc, côté français et italien, les débris des deux avions de ligne seront, au fil des années, ramenaient plus bas dans la vallée, sous l’effet de la fonte des deux glaciers, celui du Miage (en Italie) et des Bossons, à Chamonix, faisant ressortir des effets personnels de passagers, des morceaux de carlingue, et même les moteurs qui avaient chuté dans les crevasses au moment de l’accident et échappé au nettoyage systématique du site, après une catastrophe aérienne.

 Le public venu assister à la conférence de Daniel Roche, expert des deux crashs d’Air India survenus au Mont-Blanc à seize années d’intervalle. Le 26 janvier 2017 à Megève (Haute-Savoie).

Le public venu assister à la conférence de Daniel Roche, expert des deux crashs d’Air India survenus au Mont-Blanc à seize années d’intervalle. Le 26 janvier 2017 à Megève (Haute-Savoie).

Il a intitulé ce chapitre de son film, « L’étrange ». Daniel Roche met en doute – depuis l’opération « Chabert », menée le 22 février 1966 par l’alpiniste René Desmaison, qui avait redescendu, du glacier du Miage, des restes d’un appareil de chasse -, l’erreur humaine, voire la panne d’instruments de navigation dans l’accident du vol 101 d’Air India. « Pour moi, c’est une collision avec un F104 Starfighter de l’Otan qui a provoqué l’accident. D’ailleurs, j’ai retrouvé jusqu’à six films de cinémitrailleuse, ainsi que des morceaux de métal avec l’inscription USAF et US Army », dit-il au public, intrigué par cette révélation.

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Alors que pour le moment, rien ne prouve encore qu’un avion militaire italien s’est abîmé dans le Mont-Blanc le jour du crash du quadriréacteur, qui emportait 106 passagers et 11 membres d’équipage, Daniel Roche a trouvé il y a quelques semaines un turboréacteur que le glacier des Bossons a recraché avec le temps. Les photos, transmises à des experts en aéronautique, membres des Ailes anciennes de Haute-Savoie, n’ont pas permis d’identifier formellement le modèle de propulseur. S’agit-il d’un General Electric J79 de F104 ou du Rolls-Royce R-R Convay 508 du Boeing ? Son état ne permettant pas de l’affirmer clairement. Seul un numéro référence du constructeur répondra à cette question.

Quant au rapport du BEA, bureau d’enquêtes et d’analyses, il conclut que les pilotes auraient été victimes du phénomène de « White out ». Volant en VMC (conditions de vol à vue), l’équipage aurait perdu tout repère, avant de percuter le mont Blanc, sans le voir. Désigné par les Américains, qui le rencontrent dans les régions arctiques, le « White out » fait disparaître l’horizon sous l’effet d’une couche de neige et de nuage se confondant sous l’effet du vent. Les pilotes indiens auraient-ils observé cette « masse d’un blanc grisâtre, formant un fond uniforme, totalement dépourvue de parties ombragées, sans aucun détail ni aucune perspective », comme le décrit le rapport du BEA, le 9 mars 1967 ? Réponse au printemps, lorsque Daniel Roche parviendra à redescendre le turboréacteur pour qu’il soit analysé par les adhérents des Ailes anciennes.

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